jeudi 22 avril 2010

FEMMES, MEDIA ET POUVOIR

Hier, Concita De Gregorio (Unita), Joumana Haddad (An-Nahar) et Flavia Perina (Secolo d’Italia) ont discuté sur la scène du théatre Pavone des médias, du pouvoir et des Femmes à l’occasion du festival international du journalisme de Pérousse. Cette première rencontre d’un cycle de quatre rendez-vous avec ces femmes qui ont un certain pouvoir dans le monde du journalisme, a développé des réflexions assez originales sur le statut de la femme.


Femmes et pouvoir

Dans l’ancien théatre Pavone de Pérousse, les balcons minutieusement décorés sont occupés par le public. En majorité des jeunes, venus écouter leurs ainés parler de la situation du journalisme actuel. Trois rangées de balcons font le tour du théatre, d’en haut les femmes du jour, paraissent toutes petites sur scène. Un écran géant se charge de leur redonner la grandeur qu’elles méritent.



En Italie, affirme Concita di Gregorio, aucune femme n’accède à un poste important dans le monde du journalisme. L’endroit des médias ou elles sont le plus présentes est la télévision ou elles exhibent leur corps à des fins décoratives. Mais selon elle, ce monde est en train de changer avec des femmes qui prennent des responsabilités politiques à l’image d’Angela Merkel ou Laura Chinchilla  (présidente du Costa Rica). Joumana Haddad réplique que ces femmes justement restent des exceptions et que le problème est là. On ne peut pas se réjouir d’une situation ou l’exception est la règle.


Un statut universel de la femme

Joumana Haddad lance une comparaison entre les femmes voilés et les filles mises en vitrine à Amsterdam. La femme sous la burka est victime de préceptes religieux  qui la définissent en tant qu’objet de convoitise pour l’homme. Pour protéger l’homme de la tentation, on fait disparaitre l’objet. Dans  le cas des prostituées, ces femmes sont aussi considérées en tant qu’objets à la différence qu’ils sont ici utilisés  par tout un chacun (dans le sens ou la femme voilée appartient à son mari). La femme est objetisé universellement.  Le langage est d’ailleurs le reflet de cette pensée, que ce soit les réflexions sur le physique ( elle est bonne, une bombe, je m’en suis faite dix cette semaine) ou les discours qui semblent plus que normal sur les enfants ( en entretien, “et vos enfants vous les faites garder comment ? alors que le papa n’entendra jamais ce genre de question), sur le ménage (“chéri, je T’ai lavé la vaisselle et je T’ai repassé le salon” ) etc.


La faute à la femme

“Si les femmes sont traitées ainsi, avance Concita di Gregorio, c’est parce qu’elles se laissent traiter comme ça. Parce qu’elles pensent que c’est normal.” On retrouve ici le concept sociologique de roles sociaux intégrés au plus profond du shéma mental. Role appris dès la naissance avec la chambre bleu ou rose, les barbies ou les pistolets, les “les garçons ça ne pleurent pas” et “qu’elle est joliiiiie” etc.


Les enfants en payent le prix

Concita di Gregorio se scandalise qu’aujourd’hui des filles de 14 ans se fassent faire des books “au cas ou, on ne sait jamais”. Pour ces dernières, la représentation de la femme à la télé italienne est quelque chose de normal (voir le film videocracy), qui fait partie de la société. Les enfants selon elle, intégrent ces nouvelles normes et il sera encore plus difficile de changer la situation de la femme dans le futur.

Elles accusent aussi les parents d’etre trop laxistes. “une fille de 17 ans appelle sa mère le soir pour lui dire qu’elle est dans la salle de bain du président du conseil (Berlusconni) et celle-ci n’appelle pas la police !”.  Joumana Haddad en profite pour faire un rapprochement avec ces mères qui  obligent leurs filles à se marier à 14 ans. “Les parents ont une responsabilité evidente”, rajoute Flavia Perina. Mais le fond du problème n’est-il pas, comme elle le dit un peu avant, qu’ “on ne se scandalise plus”.

Cette conférence, très applaudie par le public, a au moins eu le mérite de montrer la complexité de la situation de la femme vis à vis des medias et du pouvoir. Comment ces paroles pourront-elles avoir une influence sur des comportements ancrés en nous depuis des centaines d’années.

“Comment avez-vous pu laisser passer l’occasion des années 70. Pourquoi vous etes-vous arretées en route ?” demande Joumana Haddad.

1 commentaire:

  1. L'éducation des enfants est la source de cette discrimination. Elle est reproduite de génération en génération, dans presque toutes les sociétés humaines ou religions. Plus généralement la personalité des deux sexes est écrasée dès la naissance, par la torture des nourrissons (arrachés au sein, faire ses nuits, tortures aussi efficaces que la circoncision ou l'exision et qui ne laisse pas de traces visibles). Cet écrasement de la personalité permet de plaquer un modèle de fonctionnement uniforme propice à l'ordre social et à la préservation du patrimoine qui ne correspond pas à notre nature, et qui explique que très peu de couples sont heureux. Cet écrasement de la personalité se retrouve dans des tas de problème graves qui touchent plus les femmes que les hommes (anorexie, anorgasmie) qui achère de confiner les femmes dans le sexe faible. Pourtant, pour avoir vu mes enfants naître à la maison, je peux dire que pour enfanter il faut un sacré courage.

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